Premiers secours émotionnels : nos douleurs ont aussi besoin d’un pansement
- Diego Martinez
- 3 juin 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 juin 2025

Mon fils apprend, petit à petit, que chaque fois qu’il se cogne quelque part ou qu’il se fait une petite blessure, il peut venir nous voir pour qu’on s’occupe de lui. Un bisou, une caresse (et peut-être bientôt, un petit pansement) suffisent pour qu’il se remette et continue à jouer. Beaucoup d’entre nous apprennent cela dès l’enfance : une blessure doit être soignée, il faut chercher de l’aide ou, quand on est plus grand, prendre le temps de la nettoyer, la panser et la surveiller un moment. Mais qu’en est-il de nos blessures émotionnelles ? Apprenons-nous dès petits à en prendre soin, à chercher de l’aide ou à nous en occuper nous-mêmes ?
Il est vrai que les blessures physiques sont visibles et donc plus faciles à détecter, mais les blessures émotionnelles ne sont pas moins réelles. Une déception, un départ prématuré ou le sentiment de solitude sont toutes des blessures qui nécessitent aussi un soin particulier. Beaucoup d’entre nous grandissent en pensant qu’une blessure émotionnelle ne mérite d’être soignée que si elle est “grave”. Imaginez si c’était pareil pour notre corps : nous commencerions à ignorer toutes les petites coupures et blessures, dont beaucoup finiraient par s’infecter, d’autres laisseraient peut-être une vilaine cicatrice ou pire encore. Il en va de même pour les blessures émotionnelles : si nous n’en prenons pas soin, elles peuvent entraîner des conséquences bien plus graves qu’un simple mal-être passager. Peut-être qu’un malaise général que nous ressentons aujourd’hui, une “douleur permanente”, n’est en fait qu’une “petite” blessure émotionnelle du passé, une “petite peine” comme on dit chez moi, qui n’a pas été correctement soignée. Il est temps de commencer à prendre soin de nos blessures émotionnelles.
Guy Winch, docteur en psychologie américain, nous dit que nous avons un “préjugé en faveur du corps”, ce qui nous pousse à privilégier nos blessures physiques au détriment des blessures émotionnelles. Pourtant, il souligne que des phrases ou pensées comme “je me sens comme l’employée de mon mari”, ou “je vais prendre ma retraite et ça me terrifie”, voire la mort d’un animal de compagnie adoré, sont toutes des blessures aussi importantes, voire plus, qu’une blessure corporelle. Il va même plus loin en expliquant que plusieurs études montrent que le sentiment de solitude ou d’angoisse a un impact direct sur la santé de notre cœur ou sur le développement de maladies chroniques en affaiblissant notre système immunitaire.
La question qui se pose maintenant est : que pouvons-nous faire pour mieux prendre soin de nos blessures émotionnelles ? Pour répondre à cette question, j’ai emprunté le concept de « Premiers secours émotionnels » de Guy Winch lui-même, que j’ai résumé en 3 étapes pour atteindre une meilleure santé mentale.
1.Porte attention à la douleur émotionnelle :
Quand on tombe, la douleur nous aide beaucoup à détecter où on s’est blessé et donc quelle partie de notre corps il faut soigner. Cependant, lorsqu’on se fait une « blessure émotionnelle », il est beaucoup plus difficile de savoir où elle se trouve, ou pire, parfois on ne se rend même pas compte qu’on est blessé. Pour détecter une blessure émotionnelle, il faut d’abord mettre de côté l’idée que « c’est normal » de se sentir seul, angoissé, stressé tout le temps ou même triste. On se dit souvent « ce n’est pas grave, ça va passer », mais c’est loin de la réalité. Il faut accepter qu’une blessure émotionnelle n’a pas besoin d’être « grave » pour mériter notre attention. Toi qui lis ceci, tu es important, et donc tout ce qui fait partie de toi l’est aussi, même tes blessures les plus petites.
2.Détecter les signaux que notre corps envoie :
Notre corps est bien plus sage que nous-mêmes, il sait que nos blessures émotionnelles sont importantes, c’est pourquoi il a créé des « signaux » pour nous avertir quand quelque chose ne va pas. Une hausse (ou une baisse) de la tension artérielle, des migraines, des nausées, la sensation d’avoir « l’estomac noué », serrer les dents, pleurer sans raison apparente, sont quelques-unes des nombreuses signaux que notre corps nous envoie. Nous devons apprendre à les écouter et éviter de les « normaliser ». Une fois que nous les avons entendus et détectés, nous devons répondre à leur appel et essayer de soigner la blessure qui cause ces signaux.
3.Appliquer les premiers secours émotionnels
Nous sommes, par nature, dépendants (même si certains ont du mal à l’accepter), nous avons besoin des autres pour aller bien, et ce n’est pas un mal. La première chose à faire quand on détecte une blessure émotionnelle, c’est de chercher quelqu’un à qui en parler. Il n’y a rien de mal à demander de l’aide. Parfois, on attend que l’autre vienne ou “se rende compte tout seul”, mais pensons à combien de fois nous-mêmes n’avons pas remarqué la blessure de quelqu’un d’autre, et cela ne voulait pas dire que nous ne voulions pas l’aider volontiers.
Si, pour une raison quelconque, on ne peut pas se tourner vers quelqu’un, alors l’auto-soin devient important. S’arrêter, s’asseoir si possible, prendre le temps de s’écouter et de se demander : « De quoi ai-je besoin ? » Parfois, un chocolat chaud avec un biscuit peut être la “petite bande” parfaite pour notre blessure, d’autres fois, il faudra désinfecter, suturer et bander. Dans ces cas, une après-midi de repos, une sortie entre amis ou une retraite silencieuse peuvent être nécessaires.
Cependant, il y a un “premier secours” que notre sage corps nous offre souvent, mais que nous n’acceptons pas toujours, un soin qui nettoie, suturer et souvent guérit : les pleurs. “Les larmes nettoient l’âme”, ai-je entendu dire un jour. Pleurer peut parfois être le meilleur soin qu’on peut s’offrir, il ne faut pas se le refuser, acceptons-le et laissons couler les larmes, parfois, après la pluie, apparaît un arc-en-ciel.
Nous avons tous besoin de soin émotionnel et nous pouvons construire un monde meilleur en nous aidant les uns les autres. Prête une oreille à ceux qui en ont besoin, appelle cette personne que tu penses seule, offre un chocolat à celui qui est triste, ou un épaule à celui qui veut pleurer un peu (ou beaucoup). N’oublie pas, tu es important et donc tes émotions le sont aussi, donne-leur l’attention qu’elles méritent.




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